1Compte à rebours lancé pour le filet de sécurité breton
Compte à rebours lancé pour le filet de sécurité breton
En 2017, RTE mettra en service une nouvelle liaison électrique souterraine à 225 000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc. Objectif affiché : étoffer le réseau pour sécuriser l’alimentation de la région, fragilisée depuis plusieurs années pour 3 raisons :
- Une consommation d’électricité qui augmente davantage en Bretagne que dans le reste du pays. La saviez-vous ? La région gagne en effet 25 000 habitants par an.
- Une production insuffisante qui impose de faire venir l’électricité depuis d’autres territoires : la Bretagne ne produit que 15% environ de l’électricité qu’elle consomme.
- Une région qualifiée de « péninsule électrique » car elle située « au bout du réseau ». Ce qui nécessite d’acheminer l’électricité sur de longues distances, depuis des centres de production plus éloignés.
Fortement sollicité, le réseau frôlait donc souvent la surchauffe… Notamment en hiver, avec des risques de coupures d’électricité lors des pics de consommation.
Une des plus longues liaisons souterraines à 225 000 volts
Pour pallier ces difficultés, RTE a donc entrepris la construction d’une nouvelle liaison électrique entièrement souterraine, qui s’étendra sur 76 km. Des travaux seront également entrepris pour faire évoluer les 3 postes électriques concernés. À Mûr-de-Bretagne, à mi-chemin entre Saint-Brieuc et Lorient, un niveau de transformation de 225 000 / 63 000 volts sera créé. Un poste atypique qui a nécessité la démolition d’un ancien blockhaus de la seconde guerre mondiale présent sur le site. À Plaine-Haute (près de Saint-Brieuc) et à Calan (près de Lorient), des équipements de connexion de la ligne souterraine seront installés.
Après plus de 4 années de concertation avec l’ensemble des acteurs impliqués, les travaux ont démarré en septembre 2015 et devraient durer 26 mois. Ils impliqueront notamment de franchir 56 cours d’eau, de réaliser 11 forages dirigés pour éviter des obstacles importants, ou encore de dérouler 228 km de câbles sous terre ! Montant des investissements : 120M€, dont 80 M€ pour la liaison souterraine et 40 M€ pour l’adaptation des postes électriques.
Ce projet renforcera considérablement la sécurité de l’alimentation électrique au nord et au centre de la Bretagne. Autre atout : il favorisera un acheminement optimal de l’électricité produite par les énergies renouvelables actuelles et futures dans la région : éolien terrestre et offshore, photovoltaïque, méthanisation etc. Avec une mention spéciale pour les énergies marines, en plein essor, incluant notamment les 62 éoliennes du parc en mer de Saint-Brieuc, qui sera mis en service à partir de 2020.

Un maillon essentiel du « Pacte Electrique Breton »

Le nouveau filet de sécurité s’inscrit dans le Pacte Electrique Breton, signé en 2010 par l’État, la Région Bretagne, RTE, l’ANAH et l’ADEME. Il vise à assurer l’avenir énergétique du territoire, à travers une réponse globale et pérenne. Il s’articule autour de 3 thématiques :
- La maîtrise de la demande d’énergie, avec notamment la poursuite de la démarche . Lors des journées très froides, les Bretons sont invités à procéder à des bons gestes pour modérer leur consommation d’électricité. Plus de 56 000 EcoW’acteurs ont adhéré à ce programme via notamment le site Internet .
- Le développement des énergies renouvelables.
- La sécurisation de l’alimentation électrique, volet qui intègre le projet du filet de sécurité.
2Visite guidée du chantier
3Cléguérec, QG du chantier pour le filet de sécurité
Cléguérec, QG du chantier pour le filet de sécurité
Cléguérec est une commune d’environ 3 000 habitants située en plein cœur de la Bretagne. Sa particularité ? C’est là que RTE a choisi d’installer une base-vie du chantier pour la nouvelle liaison électrique entre Lorient et Saint-Brieuc. Rencontre avec Marc Ropers, maire de Cléguérec.

Pourquoi votre ville a-t-elle été sélectionnée pour accueillir la base-vie du chantier situé dans le Morbihan?
Tout d’abord, parce qu’elle est bien placée au regard du projet et très accessible, avec une bonne desserte routière. C’est essentiel car une base-vie est un véritable QG, un lieu stratégique où les équipes se réunissent pendant toute la durée des travaux. Cléguérec est aussi une des communes les plus importantes dans le secteur : elle dispose de tous les équipements et les services indispensables au fonctionnement d’une base-vie, notamment en matière de restauration et de logement.
Comment les habitants de Cléguérec ont-ils réagi ?
Avant de savoir que nous allions accueillir cette base-vie, nous avions déjà collaboré à l'enquête publique qui a été menée sur le projet lui-même. Comme souvent dans ces cas-là, les habitants nous ont posé beaucoup de questions sur le tracé de la ligne, les conventions de servitude, ouvrants droit à une indemnisation, etc. Même si la nature souterraine de la liaison était un atout, nous sommes beaucoup intervenus pour expliquer, rassurer.
Ensuite, sur la base-vie elle-même, les Cléguérécois ont très bien réagi. Il faut dire qu’elle est installée dans une zone artisanale plutôt à l’écart du centre-bourg. Pour ma part, j’ai beaucoup de contacts avec RTE et avec OMEXOM, la société en charge des travaux. Je trouve que l’équipe est très professionnelle et organisée. Je vis une expérience très enrichissante sur le plan humain. Et j’ai beaucoup apprécié cette opportunité de pouvoir suivre un chantier aussi important presque de bout en bout !
Quelles sont les retombées pour la commune ?
Elles sont très positives. La base-vie restera en place jusqu’à l’achèvement du filet de sécurité breton en 2017. Elle est installée sur le terrain d'un industriel transporteur local. En rythme de croisière, la base regroupe environ 20 personnes : beaucoup sont logées dans des chambres d’hôtes ou des gîtes, nombreux sur notre territoire. C’est aussi tout bénéfice pour les commerces et restaurants de la commune, qui enregistrent un surcroît d'activité.

Un forum au service des entreprises locales
Sur la plupart de ses chantiers, RTE sélectionne des prestataires qui font eux-mêmes souvent appel à des entreprises plus petites pour réaliser les travaux spécialisés. Le filet de sécurité breton ne déroge pas à la règle. Pour aller plus loin, nous avons toutefois décidé de mettre en relation directement les « grands » prestataires et une quarantaine d’entreprises locales. Ensemble, elles ont ainsi participé à un forum interentreprises organisé par RTE, la CCI Côtes d’Armor, la CCI Morbihan et Côtes d’Armor Développement.
L’occasion pour les acteurs locaux de présenter leurs expertises en matière de terrassement, gardiennage, location de matériel et outillage, ou encore traitement des déchets. Avec à la clé des contrats bien tangibles et un élan pour le tissu économique du territoire.
4A l’écoute des exploitants agricoles
Une concertation étroite avec le monde agricole
Le futur filet de sécurité breton traverse des terres agricoles sur plus de 60% de sa longueur. Très tôt dans le projet, RTE a travaillé en étroite concertation avec les 200 agriculteurs dont l’exploitation est située sur le tracé de la nouvelle ligne. Objectif : identifier et comprendre parfaitement leurs enjeux et leurs besoins, pour les prendre en compte sur le terrain. Les équipes RTE ont ainsi avancé main dans la main avec les chambres d’agricultures du Morbihan et des Côtes d’Armor. Grâce à ce dialogue, RTE a pu adapter au mieux les modalités des travaux et minimiser au maximum leurs conséquences pour les agriculteurs. Ecoutons le témoignage d’un exploitant agricole de Launay, dans les Côtes-d’Armor.
5Zones humides, haies, cours d’eau : un environnement préservé au maximum
Zones humides, haies, cours d’eau : un environnement préservé au maximum
Le futur filet de sécurité breton traverse de nombreuses zones, riches d’une grande biodiversité. Comme pour tous ses grands projets, RTE met donc en place des actions « ERC » – éviter, réduire, compenser – pour limiter au maximum les impacts sur l’environnement.
Ces mesures, imposées par le code de l’environnement, sont intégrées dans l’étude d’impact préalable à la Déclaration d’Utilité Publique du projet obtenue en avril 2015. Le point avec Bertrand Bourdon, responsable du projet chez RTE.
Eviter les espaces les plus sensibles
RTE cherche à définir en priorité un tracé pour ses liaisons électriques qui évite les zones les plus fragiles et celles où la biodiversité est protégée ou emblématique. Pour la liaison souterraine du filet de sécurité breton, ses équipes, en lien avec le cabinet d’étude d’impact, ont tout d’abord défini une aire d’étude excluant l’essentiel des grands espaces sensibles, comme le site Natura 2000 de la Sarre. Le « fuseau de moindre impact » ensuite retenu au sein de cette aire évitait quant à lui des zones humides étendues, très présentes en Bretagne, par exemple dans la vallée du Blavet.
« Ensuite, explique Bertrand Bourdon, nous avons progressivement réduit la largeur de ce fuseau jusqu’à déterminer le tracé définitif de la liaison. En réalité, la ligne étant souterraine sur la totalité de son parcours, elle n’a pas, à terme, d’impact sur l’environnement. C’est plutôt celui lié aux travaux que nous cherchions à minimiser autant que possible ».
Réduire au maximum les impacts sur l’environnement
Le choix du tracé d’une nouvelle ligne ne peut naturellement pas supprimer tous les impacts sur la biodiversité. Pour ceux qui subsistent, RTE s’attache à les réduire au maximum en étudiant toutes les solutions.
Bertrand Bourdon raconte : « Tout le long du filet de sécurité, on trouve de nombreuses haies caractéristiques de la région. Pour les préserver, nous avons décidé de passer autant que possible dans des trouées existantes et de limiter notre emprise au sol quand il nous faut les traverser. Concrètement, nous réalisons des coupes de 5 mètres de large, juste la place nécessaire pour faire passer un engin de chantier. Alors qu’en plein champ, nous enlevons la terre végétale sur une largeur de 8 mètres ».
Par ailleurs, ces mêmes engins peuvent creuser des ornières, en particulier dans les fameuses zones humides très nombreuses en Bretagne. Pour l’éviter, RTE utilise de grandes plaques de répartition de charge, posées à même le sol, sur lesquelles les camions peuvent rouler sans laisser de trace.
Autre mesure importante : RTE a rigoureusement pris en compte les enjeux environnementaux locaux pour choisir les dates des travaux. « Sur ces zones humides, qui représentent près de 4,5 km du tracé, les entreprises prestataires sont, par exemple, intervenues uniquement pendant les périodes sèches, d’avril à septembre », explique Bertrand Bourdon.

Compenser les impacts inévitables
En dernier ressort, quand les impacts résiduels de la future ligne ne peuvent être réduits, RTE met en place des actions de compensation. « Pour les besoins des travaux, des opérations de défrichement ont, par exemple, dû être menées sur 6 800 m2 au total. Pour compenser le bois abattu, nous allons replanter 8 950 m2 d’arbres, soit plus que ce à quoi nous sommes tenus.

Et ce sont les communes directement concernées par le chantier qui bénéficient de cette initiative. Nous nous sommes aussi engagés à replanter environ 3 kilomètres de haies, même si 240 mètres seulement seront directement touchés par les travaux.
Autre exemple concernant deux espèces protégées : le muscardin et la musaraigne aquatique. RTE a d’ores et déjà replanté des noisetiers et des mûriers - dont ces animaux sont friands - sur 4 zones différentes. L’objectif : compenser les éventuels dommages subis par ce type d’arbustes en raison de la construction de la ligne.
Il faut à ce sujet souligner que notre action ne s’arrête pas le dernier jour du chantier ! Nous effectuons la plupart du temps un suivi qui s’étend sur plusieurs années, par exemple pour vérifier que les nouveaux plants prennent bien et se développent correctement.».
63 questions à…
3 questions à…
Nicolas Lahogue, en charge de l’accompagnement écologique du chantier
Sur ses plus grands projets, RTE missionne généralement une entreprise spécialisée pour l’accompagner sur les enjeux écologiques.
Pour le filet de sécurité breton, c’est le cabinet Dervenn qui a été choisi. Rencontre avec Nicolas Lahogue, expert environnement en charge du projet.
Vous êtes intervenu en amont du chantier, pour baliser toutes les zones sensibles sur le terrain. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez procédé ?
Bien sûr. Tout d’abord, nous avons dressé des inventaires écologiques très détaillés tout le long de la future liaison électrique. Ces documents font partie de l’étude d’impact réalisée en 2014. Nous y avons listé l’ensemble des sites qui nécessitent une attention particulière en raison de leur fragilité ou de leur biodiversité exceptionnelle.
Munis de ces informations, nous nous sommes rendus sur le premier tronçon du chantier environ deux mois avant le début des travaux. Et nous avons posé des repères visuels sur chaque point d’intérêt. L’objectif : rappeler aux entreprises prestataires de RTE d’être particulièrement vigilantes à proximité de ce lieu. Nous avons ensuite répété cette opération au fur et à mesure de l’avancement du chantier, avec en tout près d’une cinquantaine de marquages.
Concrètement, nous avons, par exemple, agrafé de petits panneaux sur les troncs de tous les arbres qui constituaient des gîtes potentiels pour les chauves-souris. Nous avons aussi identifié les zones humides, qui jouent un rôle de filtre naturel et abritent de riches écosystèmes.

Au-delà de ce balisage, vous avez également mené un important travail de sensibilisation auprès des entreprises. En quoi consistait-il ?
Avant les travaux, nous avons organisé cinq sessions de formations obligatoires pour les responsables et les chefs d’équipe des entreprises concernées par le chantier. Environ 50 personnes y ont assisté. Elles comportaient trois parties : une présentation des grands enjeux écologiques au niveau mondial, national ou régional ; une explication des enjeux à l’échelle du filet de sécurité breton ; une analyse des espèces présentes sur le chantier.
Nous avons beaucoup insisté sur les attitudes à adopter concrètement. Par exemple, les entreprises de terrassement doivent vérifier tous les matins si des amphibiens ne se sont pas installés dans la tranchée de la future ligne électrique. Si c’est le cas, elles ont appris comment capturer les animaux et les sortir. Nous avons aussi diffusé un livret récapitulatif.
Comment êtes-vous intervenu pendant les travaux? Et après ?
J’ai participé à toutes les réunions d’équipe hebdomadaires. Les entreprises pouvaient aussi m’appeler dès qu’elles avaient une question. J’apportais mon expertise à chaque fois que c’était nécessaire, sur demande de RTE. Par exemple, pour déterminer s’il était possible d’accéder à telle zone humide ou pour réfléchir à l’emplacement des plateformes d’accès.
Je suis aussi intervenu pour accompagner les entreprises lors de la traversée de rivières, généralement entre août et octobre. Je me souviens par exemple d’un passage à gué agricole, sur la partie nord de la ligne. Suite aux travaux, nous devions en principe faire une remise en état des berges à l’identique. Avec RTE, nous avons finalement décidé d’aller plus loin, pour éviter que ce passage ne se dégrade à l’avenir. Nous avons notamment installé une rampe en rocher pour les bovins et nous avons posé une clôture.
Après les travaux, j’assure un suivi écologique dans la durée, comme évoqué par M. Bourdon (voir article précédent). Ce suivi porte sur de nombreux éléments : la qualité des berges des cours d’eau, le fonctionnement des zones humides, la qualité de l’eau sur le plan physique et chimique, le maintien des espèces protégées, comme la mulette perlière, une moule d’eau douce très rare. A chaque fois, nous effectuons un état des lieux avant les travaux, puis des analyses pendant plusieurs années.
C’est passionnant car ce sont des actions très tangibles pour réduire au maximum les impacts écologiques des travaux.
726 mois de travaux







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